Constat de terrain : des pratiques informationnelles inadaptées

Le projet MIMNA part d’un constat de terrain : les pratiques informationnelles à destination des MNA sont fréquemment inadaptées voire inexistantes. Les professionnels sont souvent démunis face à l’incompréhension des MNA, en situation de handicap partagé [1] : chacun étant dans l’impossibilité de comprendre l’autre et de se faire comprendre par l’autre. Ainsi, à leur arrivée dans les services de protection de l’enfance, les MNA peuvent rester plusieurs semaines, voire plusieurs mois durant dans une incompréhension parfois totale des conditions d’accueil, de leur environnement (socio-culturel, institutionnel), des démarches d’évaluation qui affectent leur futur en France, des mesures qui sont décidées pour eux, de leurs droits. Précisons par ailleurs que, la réalité de la temporalité des besoins informationnels des MNA à leur arrivée, n’est souvent pas en adéquation avec la réalité des possibilités de recours à un interprète (nombre, disponibilité, langues, coûts) et à l’urgence informationnelle qui à notre sens relèvent de la responsabilité des professionnels.

Démarche du projet MIMNA : garantir l'accès à une information effectivement adaptée

Même si les Mineurs Non Accompagnés (MNA) démontrent d’importantes capacités d’autonomie, compte tenu de leur situation de vulnérabilité linguistique, interculturelle, psychologique et procédurale (Estève, Coron, Gaultier, à paraître 2019), leur garantir l’accès à une information adaptée devrait constituer un enjeu prioritaire des mesures de protection, d’accueil et d’accompagnement, comme le préconisent les recommandations nationales (ANESM, 2017) et européennes (Conseil de l’Europe, 2018).
« On entend par « informations adaptées aux enfants »[2] des informations adaptées à l’âge, au degré de maturité, à la langue, au sexe et à la culture de l’enfant[3]. Celui qui fournit l’information devra donc l’adapter et adopter une communication plus ou moins complexe en fonction de la situation de chaque enfant et de son âge. Ces éléments devront être pris en compte cumulativement. Toute information peut [donc] être transformée en information adaptée aux enfants par celui qui la fournit, et en particulier les informations génériques sur les droits et les informations destinées aux jeunes » (Conseil de l’Europe, 2018 : 16).
Le projet MIMNA est une recherche-action interdisciplinaire, entrecroisant les besoins informationnels des MNA et les besoins de transmission des professionnels. Les différentes analyses de terrain effectuées dans le cadre de ce projet ont servi de base à la formalisation de principes et de stratégies de médiation des savoirs à même de garantir une information effectivement adaptée aux MNA. Nous entendons par information effectivement adaptée le fait qu’elle permette au MNA, non seulement d’activer du sens mais de s’approprier l’information et de construire des connaissances qui sont signifiantes pour lui[4].

[1] Nous détournons ici l’expression utilisée par Mottez (2006(1985)) dans le contexte de la surdité.
[2] Usuellement appelée « Child-friendly information » dans les sources anglophones.
[3] Lignes directrices du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe pour une justice adaptée aux enfants, adoptée le 17 novembre 2010.
[4] Nous rejoignons en effet la démarche de médiation des savoirs développées par Fabre & Gardiès donnant une place centrale au récepteur dans les dispositifs informationnels : « Si l’information est considérée comme un contenu cognitif situé dans un processus de communication où le récepteur a un rôle primordial d’activation, d’interprétation et d’appropriation « les nouveaux processus de médiation doivent, [..], prendre en compte l’activation du sens par le récepteur […], pour lui permettre d’appréhender et s’approprier l’information afin de construire des connaissances signifiantes pour lui » » (Fabre & Gardiès, 2010 cité par Gardiès & Rinaudo, 2015).